Israël tue un enfant, puis, il ment

ibcgfpdokgleighd

Des Palestinien.ne.s en pleurs lors des funérailles d’Ali Nasser, 15 ans, tué la veille par les forces israéliennes, dans le village d’al-Mughayyir, au centre de la Cisjordanie, le 5 décembre. (Shadi Jarar’ah – APA Images)

7 décembre 2020

Print Friendly, PDF & Email

Tamara Nassar – The Electronic Intifada – 5 décembre 2020

Quel crime Ali Ayman Saleh, âgé de 15 ans, a-t-il commis pour être abattu par les soldats de l’occupation ?

Alors qu’il observait une manifestation, apparemment.

Vendredi, les forces israéliennes ont tué Nasser en lui tirant une balle dans le ventre, à al-Mughayyir, un village dans le centre de la Cisjordanie, lors d’une manifestation contre le vol des terres de la région par Israël.

Il semble que Nasser ne participait pas à la manifestation quand il a été tué.

Tout ce qu’il faisait, c’était de regarder, selon l’enquête de terrain menée par l’organisation Défense des enfants international – Palestine (DCIP).

L’enfant a été emmené dans une voiture privée à l’entrée d’un village voisin. De là, une ambulance l’a emmené au Complexe médical Palestine à Ramallah, en Cisjordanie occupée.

Il a été déclaré mort peu de temps après.

En Cisjordanie, Nasser est le sixième enfant palestinien tué cette année par les forces israéliennes.

gbfmkepcldphpnma

Ali Ayman Saleh Nasser

Mise à mort et mensonge

Comme dans de nombreux cas où les forces d’occupation ont tué un enfant palestinien, l’armée israélienne ment sur ce qui s’est passé.

L’armée nie l’utilisation de tirs réels lors des manifestations du vendredi, selon le quotidien Haaretz de Tel-Aviv.

Le porte-parole de l’armée insiste sur le fait que les soldats utiliseraient des balles d’acier enrobées de caoutchouc et des carabines Ruger fabriquées aux États-Unis.

Mais l’affirmation d’Israël selon laquelle les carabines ne tirent pas des balles réelles n’est qu’un mensonge flagrant. Ces armes tirent bien des balles réelles, même si ce sont des balles plus petites de calibre 22.

Elles n’en sont pas moins mortelles.

Au cours de la deuxième Intifada qui a commencé en 2000, la direction des opérations de l’armée israélienne affirmait : « la Ruger ne peut pas être considérée comme une arme non létale et elle ne peut être utilisée que dans des circonstances qui justifient les tirs à balles réelles », rappelait B’Tselem en 2015.

« Vu le grand nombre de personnes touchées et même tuées par des balles de 22 au début de la deuxième Intifada, l’utilisation de cette munition a été suspendue de 2001 à 2008 » ajoute le groupe de défense des droits de l’homme.

B’Tselem a commencé de documenter l’usage brutalement accru de l’utilisation des carabines calibre 22 contre les Palestiniens non armés qui manifestent, en 2015.

Le DCIP confirmé que Nasser avait été tué par une balle réelle. Le groupe confirme également que les soldats israéliens ont utilisé des balles à pointe éponge et des grenades lacrymogènes contre les manifestants.

Les forces israéliennes ont également tiré des balles d’acier enrobées de caoutchouc, blessant quatre autres jeunes Palestiniens lors des manifestations, rapporte le Haaretz.

Même si Israël prétend que les balles enrobées de caoutchouc, les balles à pointe éponge et les gaz lacrymogènes sont aussi non létaux, ils n’en ont pas moins tué et blessé grièvement de nombreux Palestiniens, dont des enfants.

Les demandes à Israël d’enquêter sur lui-même

Nickolay Mladenov, l’envoyé des Nations Unies pour la paix au Moyen-Orient, a demandé à Israël d’ « enquêter rapidement et indépendamment sur cet incident consternant et inacceptable ».

On ne sait pas très bien à quoi Mladenov s’attend en demandant une enquête « indépendante » conduite par l’armée même qui a commis le crime et fait l’objet de cette enquête.

Le bureau qui représente l’Union européenne en Cisjordanie occupée a lui aussi déclaré que cet « incident consternant doit faire rapidement et totalement l’objet d’une enquête par les autorités israéliennes afin de traduire ses auteurs en justice ».

Ces officiels savent tous très bien que les enquêtes menées par Israël sur lui-même ne sont qu’une honte, qu’elles protégent les soldats de toute responsabilité.

Ainsi, demander à Israël d’enquêter sur lui-même revient à exiger d’Israël qu’il continue de jouir de l’impunité.

En 2016, B’Tselem disait du système d’enquête israélien que c’était une « feuille de vigne » et qu’il cesserait de coopérer avec lui.

Un récent rapport du groupe israélien de défense des droits de l’homme, Yesh Din, montre comment un processus délibérément long et bureaucratique ne sert qu’à occuper le temps, rendant une véritable enquête quasiment impossible.

Les résultats parlent d’eux-mêmes : un seul soldat israélien a été inculpé pour s’être servi de balles réelles contre des manifestants non armés, durant les manifestations de la Grande Marche du Retour qui se tiennent le long de la frontière orientale de la bande de Gaza depuis mars 2018.

Les forces israéliennes ont tué plus de 215 Palestiniens, non armés, au cours de ces manifestations.

Le soldat en question a tué un enfant de 14 ans. Sa « punition » a été un travail d’utilité publique et une rétrogradation.

Le tweet de l’UE demandant une autre enquête de la honte, par Israël lui-même, pose la question : « Combien d’autres enfants vont-ils être soumis à l’usage excessif d’une force létale par les forces de sécurité israéliennes ? ».

La réponse est simple : beaucoup d’autres enfants, beaucoup vont être tués encore tant que l’Union européenne et les autres gouvernements continueront de récompenser Israël pour ses sévices, de lui assurer l’impunité et de faire du commerce avec son industrie d’armement.

De fréquentes attaques

Les habitants d’al-Mughayyir organisent chaque semaine une manifestation afin de protester contre un avant-poste d’une colonie illégale construit sur leur terre.

Toutes les colonies de peuplement israéliennes en Cisjordanie occupée sont illégales en vertu du droit international, et leur construction est un crime de guerre.

Ce qu’Israël appelle des avant-postes sont souvent construits sans même l’autorisation d’Israël. Pourtant, il arrive que le gouvernement israélien fournisse l’électricité à ces colons – un service de base qui n’est même pas disponible de façon fiable aux Palestiniens qui vivent en Zone C, donc sur les 60 % de la Cisjordanie occupée qui restent sous le contrôle total de l’armée israélienne.

Le village est fréquemment attaqué par les colons israéliens.

Ces colons, sous la protection de l’armée, ont tué par balles, dans le village, un Palestinien père de quatre enfants, en janvier 2019,

En janvier 2018, les soldats israéliens ont abattu Laith Abu Naim, d’une balle réelle dans la tête, lors d’une manifestation contre le vol de la terre de son village, par ces mêmes colons israéliens.

https://electronicintifada.net/blogs/tamara-nassar/israel-kills-child-and-then-lies

Traduction : BP pour Campagne BDS France Montpellier