Pourquoi Israël n’a pas de «  droit à exister »

000

Des réfugiés palestiniens fuyant leurs foyers en 1948 [couverture de The Birth of the Palestinian Refugee Problem, par Benny Morris (Domaine public, Commons Wikimedia)]

par Jeremy R. Hammond | 15 mars 2019

https://www.foreignpolicyjournal.com/2019/03/15/why-israel-has-no-right-to-exist/

 

Dans une tentative pour légitimer le nettoyage ethnique de la Palestine, les défenseurs des crimes d’Israël contre les Palestiniens affirment que cet état a un « droit à exister ».

 

Les sionistes qui assument la tâche de tenter de défendre les crimes d’Israël contre le peuple palestinien formulent fréquemment l’accusation que les critiques d’Israël essaient de « délégitimer » l’autoproclamé « état juif ».  Israël, ripostent-ils, a un « droit à exister ». Mais ils se trompent.

Ce n’est pas pour singulariser Israël. Il n’existe pas de « droit à exister » pour un état, point final. Aucun droit  de ce genre n’est reconnu par le droit international. Et, logiquement, il ne pourrait y avoir de tel droit. Le concept même est absurde. Les individus ont des droits, pas les entités politiques abstraites.

Les droits individuels peuvent aussi être exercés collectivement, mais pas en portant atteinte aux droits des individus. Le droit pertinent dans ce contexte est plutôt le droit à l’autodétermination, qui fait référence au droit d’un peuple à exercer collectivement ses droits individuels à travers un auto-gouvernement politique.  L’exercice collectif de ce droit ne peut pas violer son exercice individuel. Le seul objectif légitime d’un gouvernement est de protéger les droits individuels, et un gouvernement n’a pas de légitimité sans le consentement des gouvernés. c’est seulement en ce sens que le droit à l’autodétermination peut être exercé collectivement, par un peuple choisissant pour lui-même comment il doit être gouverné et consentant à cette gouvernance.

Le droit à l’autodétermination, contrairement au concept absurde d’ un « droit à exister » pour un état, est reconnu par le droit international. C’est un droit qui est explicitement garanti, par exemple, dans la Charte des Nations Unies, dont l’état d’Israël est partie prenante. Le cadre adéquat pour la discussion est donc le droit à l’autodétermination et c’est précisément pour obscurcir cette vérité que l’affirmation propagandiste selon laquelle Israël aurait « un droit à exister » est souvent faite. Il est nécessaire pour les défenseurs d’Israël de déplacer ainsi le cadre de la discussion parce que, dans le cadre du droit à l’autodétermination, c’est évidemment Israël qui rejette les droits des Palestiniens et non le contraire.

Et ce n’est pas seulement dans l’occupation en cours du territoire palestinien que le rejectionisme d’Israël est manifeste. Ce rejet des droits palestiniens était aussi manifeste dans les moyens mêmes par lesquels Israël a été établi.

Il existe une croyance populaire selon laquelle Israël a été fondé par une sorte de processus politique légitime.  C’est faux. Ce mythe est fondé sur l’idée que la fameuse résolution du « plan de partition » de l’Assemblée générale des Nations Unies — la Résolution 181 du 29 novembre 1947 — a légalement partitionné la Palestine, ou au moins a conféré une autorité légale aux dirigeants sionistes pour leur déclaration unilatérale de l’existence d’Israël le 14 mai 1948.

De fait, dans cette déclaration même, le document fondateur d’Israël, les dirigeants sionistes se sont appuyés sur la résolution 181 pour affirmer leur autorité légale. Mais la vérité est que la Résolution 181 ne faisait rien de tel. L’Assemblée générale n’avait aucune autorité pour partitionner la Palestine contre la volonté de la majorité de ses habitants. Et elle ne l’a pas revendiquée. Au contraire, l’Assemblée a seulement recommandé la partition de la Palestine en un état juif et un état arabe séparés, qui devraient être acceptés par les deux populations pour avoir un effet légal. L’Assemblée a transmis l’affaire au Conseil de sécurité, où ce plan est mort avec la reconnaissance explicite que les Nations Unies n’avait aucune autorité pour implémenter une telle partition.

La déclaration unilatérale des sionistes est souvent décrite comme une « déclaration d’indépendance ». Mais elle n’était pas cela. Une déclaration d’indépendance suppose que le peuple déclarant son indépendance est souverain sur le territoire sur lequel il veut exercer son droit à l’autodétermination. Mais les sionistes n’étaient pas souverains sur le pays qui est devenu le territoire de l’état d’Israël.

Au contraire, quand ils ont déclaré l’existence d’Israël, les juifs possédaient moins de 7% des terres en Palestine. Les Arabes possédaient plus de terres que les juifs dans chaque district de Palestine. Les Arabes constituaient aussi la majorité numérique en Palestine. Malgré l’immigration massive, les juifs sont demeurés une minorité comprenant environ un tiers de la population.

Même à l’intérieur  du territoire proposé par les Nations Unis pour l’état juif, les Arabes étaient majoritaires, quand la population bédouine était prise en compte. Même à l’intérieur de ce territoire, les Arabes possédaient plus de terres que les juifs.

Dit simplement, les dirigeants sionistes n’avaient aucune revendication légitime à la souveraineté dans le territoire qu’ils ont finalement acquis par la guerre.

Or,  l’acquisition de territoire par la guerre est interdite selon le droit international.

Loin d’être établi par un procédé politique légitime d’une sorte ou d’une autre, Israël a été établi par la violence. Les sionistes ont acquis la majeure partie du territoire pour leur état par le nettoyage ethnique de la majeure partie de la population arabe, plus de 700 000 personnes, éjectées de leurs foyers en Palestine. Des centaines de villages arabes ont été littéralement effacés de la carte.

Donc quand les sionistes affirment qu’Israël a un « droit à exister », ce qu’ils sont en train de dire en réalité c’est que les sionistes avaient un « droit » à nettoyer ethniquement la Palestine afin d’établir leur « état juif ».

Evidemment, il n’existe pas de tel droit. Au contraire, une fois encore, selon le droit international, le nettoyage ethnique est reconnu comme un crime contre l’humanité.

Les sionistes accusent les critiques des crimes d’Israël contre les Palestiniens de chercher à « délégitimer » l’ « état juif ». Mais il importe que la déclaration unilatérale des sionistes le 14 mai 1948 n’ait aucune légitimité. Il importe que le crime de nettoyage ethnique ne puisse être ni justifié, ni légitimé.

Quand cette accusation est portée contre les critiques d’Israël, ce qui se passe en fait, c’est que ce sont les défenseurs d’Israël qui essaient de délégitimer le droit des Palestiniens à l’autodétermination, ainsi que le droit reconnu internationalement des réfugiés de guerre à retourner dans leur pays.

Indépendamment de l’illégitimité des moyens par lesquels Israël a été établi, il existe. C’est la réalité actuelle. Cependant, la demande par l’état d’Israël que les Palestiniens reconnaissent son « droit » non seulement à exister, mais à exister «  comme un état juif » est simplement la demande que les Palestiniens renoncent à leurs droits et valident la déclaration unilatérale des sionistes et le nettoyage ethnique de la Palestine comme ayant été légitimes. Et c’est pourquoi il n’y a pas eu de paix. Il n’y aura pas de paix jusqu’à ce que les droits des Palestiniens soient reconnus et respectés. Le problème pour les sionistes est que si les Palestiniens exerçaient leurs droits, cela signifierait la fin de l’existence d’Israël comme un « état juif ».

Mais en quoi serait-il mal de mettre fin à un régime fondamentalement raciste qui viole perpétuellement le droit international et les droits humains des Palestiniens ? En quoi serait-il mal de le remplacer par un gouvernement qui respecte les droits égaux de tous les habitants du territoire sur lequel il exerce sa souveraineté politique et qui gouverne avec le consentement des gouvernés ?

Pour quiconque possédant un tant soit peu d’honnêteté et d’intégrité morale, la réponse claire à ces deux questions est  : rien.

Pour nous tous  qui jouons un rôle actif dans la poursuite de la paix et de la justice, c’est donc vers cet objectif que nous devons focaliser nos efforts collectifs. Et en premier lieu en acquérant une compréhension correcte de la véritable nature du conflit et en contribuant à ouvrir les yeux de tous ceux qui sont intègres, mais qui ont été trompés par les mensonges et la propagande qui ont perpétué la violence et l’injustice pendant  si longtemps.

 

Jeremy R. Hammond

Le gouvernement ment constamment au public sur des questions importantes. Les principaux médias servent à fabriquer consciencieusement des consentements à des politiques criminelles. Je libère les esprits des gens en mettant au grand jour la propagande de l’état visant à les maintenir dans la servitude vis-à-vis des puissants, qu’ils le soient politiquement ou financièrement. Mes écrits outillent les lecteurs de connaissances afin de voir à travers les tromperies et de combattre pour un avenir meilleur, pour nous-mêmes, pour nos enfants et pour  les générations futures de l’humanité. Je suis un analyste politique indépendant, journaliste, éditeur et rédacteur de Foreign Policy Journal, et auteur de plusieurs livres. Je suis aussi coach en écriture, aidant les bloggers et les journalistes à communiquer leurs idées plus efficacement afin d’avoir un impact positif plus grand. Restez informés sur mon travail en vous inscrivant à ma newsletter gratuite à JeremyRHammond.com. Pour en savoir plus sur mon programme de coaching en écriture, cliquez ici.

 

 

Trad. CG pour Campagne BDS France Montpellier